On le trouve toujours non loin de la ligne blanche, celle qui sert à nous départager à l'arrivée des courses. Au détour de leurs occupations respectives lors des inter-région Nord-Est à Bettancourt, Gary et René Nicolas ont eu le temps de se pauser le temps d'une interview. Le temps pour un des pioniers du BMX en France de nous raconter une partie de ses occupations et d'en savoir plus sur ce qu'il pense du développement de notre sport.

Gary | René, peux-tu nous décrire ce que tu fais au sein de la FFC ?

René Nicolas | Je suis chargé de toute la partie administrative du BMX et de l’organisation des compétitions et plus particulièrement du championnat de France.

Depuis combien de temps es-tu dans le BMX ?

J’ai commencé le BMX en 1978, donc ça va faire bientôt 30 ans. Je pense que je vais m’arrêter en 2008, après les jeux olympiques de Pékin.

Comment ce déroulera le remplacement de ton poste à ce moment ?

Il est un peu tôt pour en parler. Mon remplacement éventuel sera alors du ressort du Président de la FFC.
Lorsque j’ai commencé à travailler pour la fédération, il y a 15 ans, celle ci ne connaissait rien au BMX et il fallait une personne de terrain en contact direct avec les clubs et les organisateurs. Maintenant c’est différent car il y a la CNBMX qui gère la discipline, un entraîneur national pour s’occuper du sportif et surtout beaucoup plus de liberté d’action.
Le profil de mon remplaçant sera, je pense, différent du mien, certainement beaucoup plus administratif. 

As-tu déjà roulé ?

Oui, j’ai roulé tout au début quand j’ai commencé à importer des BMX des Etats-Unis. Mais je n’ai pas roulé en compétition, j’ai simplement essayé les vélos et je me suis pris une bonne boite qui m’a refroidie à tout jamais.

Raconte-nous un peu ton rôle dans l’implantation du BMX en France ? L’époque ? Comment cela s’est-il organisé ?

L’histoire en détail serait un peu longue à raconter. Tout à commencé le jour ou j’ai découvert un Mongoose ramené par un copain de Californie. C’était en 1977, je travaillais dans la moto à cette époque et j’étais associé à Marcel Seurat, importateur des motos Ossa et Husqvarna.
Marcel a lancé une fabrique de BMX, copie conforme du Mongoose et a créé la marque « BICROSS ». Je recevais également BMX Action des Etats Unis. Là bas, ils étaient déjà bien organisés. Nous avons créé le Bicross Club de Bourgogne en 1978 et au printemps 1979 j’ai organisé la première course de BMX dans l’hexagone chez moi à Beaune (il n’y avait toujours qu’un club... Marcel Seurat s’en était retourné à son bizness et ne croyait déjà plus à la chose). Connaissant bien les médias de la moto, j’ai fait de la pub pour cette épreuve dans les magazines. Elle a réuni 32 coureurs. J’avais un petit parc de Bicross que les coureurs se partageaient. Il nous a fallu pas moins de la journée pour « passer » nos 32 coureurs.
A cette occasion j’ai rencontré Gerrit Does venu spécialement de Hollande avec ses 2 fils et Brian Montgomery, directeur commercial de BH en Espagne.
Brian avec ses nombreuses connaissances journalistiques a fait passer de superbes articles de presse, tout particulièrement dans la presse enfantine avec mon adresse et mon numéro de téléphone. Je suis aussi allé en Hollande pour voir… Et à  partir de cette première course tout a explosé. Des clubs se sont créés partout. Avec les amis de l’époque nous avons créé l’AFB qui n’a cessé de se développer jusqu’à notre rattachement à la FFC en janvier 1990.
Il fallait des vélos et aucun industriel français ne s’intéressait au phénomène. J’ai importé à l’époque des Redline, Diamond Back, Hutch, Kuwahara, SE Racing, MCS, Torker…
Il faut encore attendre un peu pour que Motobécane et Peugeot commencent à s’intéresser au phénomène. En 1981, j’ai engagé quelques coureurs français dans notre première course à Pontiac aux Etats Unis (2200 coureurs et une victoire en 12 ans pour un de mes petits protégés). Enfin avec l’arrivée de Bicross Magazine, le BMX est définitivement en marche.
Pour la suite il faut aller dans les archives de l’old school…

Cette année, il y a une nouveauté avec la Photo-Finish, est-ce que tu peux nous en parler ?

Disons qu’on a testé la Photo-Finish depuis l’an dernier et officiellement on l’a mise en service cette année pour toutes les courses nationales et internationales.
En dehors du fait qu’il n’y a plus de contestation possible sur une arrivée, on gagne surtout un temps énorme tout en supprimant des postes assez fastidieux.

Tu développes aussi des actions externes pour les équipements de pistes BMX avec Sportmania :  Peux-tu nous expliquer ce que fait sportmania en quelques mots ?

Tout d’abord il faut savoir que je ne travaille pas à temps complet à la FFC.
Depuis 1989 je suis gérant d’une petite SARL. principalement axée sur la prestation de services dans les sports mécaniques.
Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour donner une image plus professionnelle à notre sport. Et cela passe tout d’abord par des équipements sportifs de qualité, une standardisation de ces équipements. Cela vaut pour la sécurité des coureurs, pour le plaisir de rouler sur de belles pistes, mais aussi pour le confort des accompagnateurs et des spectateurs.
Il faut aussi que tous les personnes impliquées dans l’organisation d’une compétition, qu’ils soient organisateurs, commissaires ou bénévoles, puissent avoir les moyens de faire leur travail dans les meilleures conditions possibles.
Dans le monde du BMX, Sportmania c’est principalement les équipements de départ, voice boxes, pistons, grilles sécurisées, afficheurs, photo finish, gestion des résultats. Mais j’ai encore beaucoup d’autres projets.
Plus tard, et si je trouve le temps, j’aimerais trouver des partenaires spécialisés afin de pouvoir offrir des infrastructures sportives clés en main comme je les imagine…

Liens : www.sportmania-bmx.com

Quelles sont tes  impressions sur le fait de séparer la finale pour les petits et les plus grands ?

Pour l’instant les retours sont favorables en majorité. C’était une demande de la commission nationale. Maintenant il faut voir ce que ça va donner à Condat sur Vienne. C’est sûr, ça ne sera pas une très grosse épreuve en quantité, mais ça sera une excellente épreuve au niveau qualité parce que c’est une piste qui est adaptée à ces jeunes catégories.
Le problème que l’on a rencontré le plus souvent autrefois était le mécontentement des pilotes par rapport aux pistes. Celles-ci ne convenaient pas aux petits ou vice et versa. Ce n’est peut être pas la formule idéale.
 Pour moi, la formule idéale ce serait d’avoir un complexe avec deux pistes différentes sur le même site, de manière à avoir toute les familles réunies et pour les organisateurs des épreuves plus importantes au niveau participation.
Cette année, on a pensé avoir beaucoup moins de participants dans les courses nationales et en fait ça correspond à ce qu’on avait évalué. L’an prochain ça sera encore une année différente ,parce que la participation à la finale sera directement liée à la proximité du championnat Europe ou monde. Le prochain championnat d’Europe est en France. Le championnat du Monde au Canada est une destination qui intéresse beaucoup de gens. Beaucoup de coureurs nous ont dit : « cette année on fait l’impasse mais l’an prochain on veut être au Canada ».

Penses-tu qu’il faut ouvrir la finale de France à tous les pilotes comme aux Etats-Unis ou la finale NBL n’attend pas moins de 3500 pilotes ? ça paye quand même de grosse primes aux élites ?

Pour moi ce n’est pas la formule, je reste persuadé que les championnats de France et d’Europe doivent rester des épreuves de qualité, ouvertes qu’aux pilotes à partir des catégories junior. Je viens de la moto et ça reste toujours un exemple de m’y référer. Autrefois le championnat du monde comprenait un tas de catégories qui ont disparu. A cette époque tout le monde disait « c’est la fin de l’esprit de la moto ». A terme il n’y aura plus qu’une seule catégorie en moto, Moto GP, c’est comme pour la formule 1. Il faut médiatiser absolument une seule catégorie voire deux au maximum et je pense que cela va servir ce sport.

A ton avis, est-ce le meilleur moyen de faire venir des sponsors externes et les médias au BMX ?

Dans le BMX on a toujours mis la charrue avant les bœufs. Je pense qu’il faut pour le moment oublier les sponsors. C’est une espèce en voie de disparition. Il faut tout d’abord intéresser les médias. Et pour que les médias s’intéressent à nous, il faut commencer par leur proposer quelque chose de cohérent. Il faut aussi savoir les accueillir et les aider dans leur travail, prendre le temps de leur expliquer comment fonctionne notre sport, son règlement et toute sa subtilité. Sans parler d’une salle de presse où leur travail est déjà tout mâché et dans laquelle ils peuvent travailler autrement que dans la poussière, sous la pluie, et les oreilles cassées par la sono, la moindre des choses serait qu’un ou qu’une attachée de presse soit là en permanence pour répondre à leurs questions et satisfaire à leurs besoins (pourquoi pas un représentant fédéral du BMX).
Les médias s’intéressent aux vedettes. Comment les reconnaître dans un paddock de 1000 coureurs ou tout le monde se ressemble et est logé à la même enseigne. Pas une banque de données sur nos stars, ni de photos, ni de quoi alimenter un petit papier.
Le BMX est un sport dynamique, haut en couleurs, télégénique. Il a aussi ses étoiles qu’il faut montrer au grand public !
Commençons déjà par communiquer correctement avec la presse…et là peut être que les sponsors commenceront à montrer le bout de leur nez !

Est-ce qu’il y a des changements en vue pour l’année prochaine ?

La commission nationale à une grosse réunion prévue en août où vont être décidées les grandes lignes 2007. Mais il n’y aura pas de changements en profondeur. Il y aura uniquement la catégorie nationale qui sera revue. Je ne pense pas qu’elle sera abandonnée, ça sera peut être différent mais le principe doit toujours être le même : une catégorie qui prépare les coureurs à la catégorie Elite. Ca ne sera plus une catégorie où l’on retrouvera d’anciens pilotes qui ont peut-être le niveau, mais qui n’ont plus d’avenir à part rester dans cette catégorie nationale.

Est-ce que ça serait bien de créer alors une catégorie élite vétéran ?

C’est une idée que j’avais et je vois que ça marche aux états-unis ou on trouve des coureurs comme Greg Hill ou Harry Leary je crois. C’est très sympa mais c’est pour les nostalgiques. Actuellement sur les pistes quand on parle du BMX du début, des pros américains de l’époque, les Pattersons, Stu Thompsen et autres, personne ne les connaît en fait.

Des remerciements ?

Tous les pilotes et la grande famille du BMX.

Merci René et à bientôt sur les tracks

 
 
Le 21 juin 2006 par Gary RacerX Hellman
 
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